Travaux non déclarés : ce que le notaire découvre au moment de vendre

Les combles ont été aménagés en 2011, la véranda montée par le voisin entrepreneur, le grenier transformé en studio pour l’étudiant. Rien de tout cela n’a jamais été déclaré, et pendant quinze ans, rien ne s’est passé. C’est au moment de vendre que la question ressurgit : le notaire interroge la commune sur la situation urbanistique du bien, et ce qui n’était qu’une habitude familiale devient un point de blocage entre le compromis et l’acte. À Bruxelles, cette découverte tardive est l’une des premières causes de vente qui traîne — ou qui échoue.

En bref : des travaux réalisés sans le permis requis restent une infraction tant qu’ils n’ont pas été régularisés, quel que soit le temps écoulé. Payer une amende administrative ne régularise rien : il faut obtenir le permis qui aurait dû l’être. Et cette demande obéit aux mêmes règles que les autres — y compris l’intervention d’un architecte quand les travaux en relevaient.

Pourquoi ça sort toujours au même moment

Une infraction urbanistique n’a pas de date d’expiration. Elle ne se prescrit pas par l’usage, elle ne disparaît pas parce que la commune n’a rien remarqué pendant vingt ans, et elle ne s’efface pas davantage avec un changement de propriétaire : l’article 300 du CoBAT vise expressément le fait de poursuivre des travaux infractionnels dont on n’est pas l’auteur. L’acquéreur d’un bien irrégulier hérite donc du problème, ce qui explique la prudence des notaires bruxellois au moment de préparer l’acte.

Le même article énumère ce qui constitue une infraction, et la liste est plus large que ce qu’on imagine : réaliser des actes et travaux sans le permis requis, les réaliser sous couvert d’un permis périmé, s’écarter du permis délivré, ou encore ne pas maintenir en bon état un bien protégé. Le troisième cas est celui qu’on rencontre le plus souvent sans le savoir : le permis existe bien, mais le chantier s’en est écarté — une lucarne déplacée, un étage supplémentaire de 40 cm, une division en deux logements là où le permis en prévoyait un seul.

À retenir : le nombre de logements est le point le plus sensible à Bruxelles. Une maison unifamiliale transformée en deux ou trois appartements sans permis n’est pas une irrégularité de détail : c’est un changement de destination, et il conditionne aussi bien la vente que le financement de l’acquéreur.

L’amende ne régularise rien : ce sont deux choses distinctes

C’est le malentendu le plus coûteux. Quand une infraction est constatée — les dix-neuf communes comme la Région dressent les constats —, le procès-verbal part au parquet du procureur du Roi, qui choisit entre les poursuites pénales de l’article 306 et la voie administrative, où l’amende est infligée par le fonctionnaire sanctionnateur régional (article 313/5). Beaucoup de propriétaires paient, classent le courrier et considèrent l’affaire close.

Elle ne l’est pas. Le paiement de l’amende éteint la sanction, pas l’irrégularité du bien. Pour assainir la situation, il faut obtenir un permis de régularisation, qui suit la procédure d’un permis ordinaire : dépôt, accusé de réception de dossier complet dans les 45 jours, puis une décision du collège en 75, 90 ou 160 jours selon que le dossier appelle des mesures particulières de publicité ou des avis. Deux particularités méritent d’être connues : ce permis fixe obligatoirement ses délais de commencement et de fin d’exécution (article 192) et échappe aux règles de péremption (article 101).

Et l’issue n’est jamais acquise d’avance. Un permis de régularisation ne s’obtient que si les travaux sont susceptibles de recevoir le permis qui aurait dû être demandé. Quand ils ne le sont pas — dépassement de gabarit inconciliable avec le règlement, logement supplémentaire sans les surfaces ou l’éclairement requis —, la remise en état reste la seule issue. Le premier interlocuteur reste le service urbanisme de la commune, et en Région bruxelloise le service Inspection et Sanctions administratives d’urban.brussels : ce sont eux qui qualifient la situation, aucun tiers ne peut le faire à leur place. Les grandes lignes de la procédure et les délais applicables sont détaillés dans ce guide sur le permis d’urbanisme et la régularisation.

Attention : ne comptez pas sur l’ancienneté du bâti pour être en règle. La présomption de conformité qui couvre, en Wallonie, les travaux antérieurs à mars 1998 est un régime wallon, assorti d’exclusions, et il ne se transpose pas à Bruxelles. Ici, c’est la commune qui établit la situation du bien, dossier en main.

Régulariser demande souvent un architecte — et c’est plus difficile qu’avant les travaux

Une demande de régularisation est une demande de permis : elle obéit aux mêmes règles de composition, y compris l’intervention obligatoire d’un architecte lorsque les actes concernés en relèvent. Autrement dit, des travaux qui auraient exigé un architecte avant d’être réalisés en exigent un pour être régularisés. À Bruxelles, le critère qui décide est le problème de stabilité : une transformation intérieure en est dispensée tant qu’elle ne touche ni un mur porteur, ni un plancher, ni la charpente.

La difficulté supplémentaire tient à l’ordre des opérations. Avant travaux, l’architecte dessine ce qui va être construit. En régularisation, il doit relever un bâti déjà en place, souvent sans plans d’origine, parfois sans accès aux structures cachées, et démontrer qu’il satisfait aux règles applicables. Le relevé prend du temps, la mission est plus délicate à chiffrer, et c’est l’une des rares situations où le coût d’un architecte dépasse ce qu’il aurait été au moment opportun. Pour un propriétaire bruxellois, l’annuaire des bureaux d’architecture de Bruxelles, classés commune par commune, donne un point de départ pour trouver un bureau habitué à ce type de dossier.

Bon à savoir : les honoraires d’architecte relèvent de la TVA à 21 %, même lorsque les travaux d’un logement ancien sont facturés à 6 %. Le taux réduit vise les travaux immobiliers, pas les prestations intellectuelles — ni celles de l’ingénieur en stabilité, du géomètre ou du responsable PEB.

Côté vendeur : anticiper de six mois, pas de six semaines

Le calendrier est la vraie contrainte. Entre le relevé de l’existant par l’architecte, la constitution du dossier, l’accusé de réception et la décision du collège, une régularisation bruxelloise se compte en mois, pas en semaines — et davantage encore si le dossier appelle une enquête publique ou une commission de concertation. Lancée après la signature du compromis, elle arrive presque toujours trop tard pour l’acte.

La démarche utile intervient donc avant la mise en vente : demander les renseignements urbanistiques du bien, comparer la situation autorisée à la situation réelle, et traiter les écarts pendant que le bien est encore au calme. Un vendeur qui arrive avec un dossier clair — ou avec une régularisation déjà introduite et documentée — négocie sur le prix du bien. Celui qui découvre le problème en cours de vente négocie sur la peur de l’acheteur, ce qui n’est pas le même exercice. Les démarches et les services compétents sont rassemblés sur notre page urbanisme à Bruxelles.

Côté acheteur : trois questions avant de signer

La première : le nombre de logements du bien correspond-il à celui qui figure dans les autorisations ? C’est la vérification qui sauve le plus de dossiers, particulièrement sur les maisons de rangée divisées au fil des décennies. La deuxième : existe-t-il un procès-verbal ou une procédure en cours ? Une infraction déjà constatée ne se traite pas comme une irrégularité dormante. La troisième : ce qui a été construit est-il régularisable, et selon qui ? La réponse appartient à la commune, pas au vendeur, et encore moins à l’intuition de l’acheteur.

Ces trois réponses conditionnent la rédaction du compromis : condition suspensive ou non, qui supporte le coût et le risque de la régularisation, quel délai avant l’acte. Une infraction connue et encadrée par une clause précise reste une transaction gérable ; la même infraction découverte après l’acte devient un litige entre un acquéreur qui ne l’a pas voulue et un vendeur qui ne s’en souvient plus.

Pour conclure : à Bruxelles, des travaux non déclarés ne se règlent pas avec un chèque, mais avec un dossier. Le coût d’une vérification auprès de la commune est nul, celui d’un relevé d’architecte est connu d’avance — celui d’une vente qui s’effondre trois jours avant l’acte ne l’est jamais.